Si certains de mes travaux représentent un long travail de patience et de précision, d’autres relèvent du readymade. Tout est approprié, crayon, aquarelle, bois, plâtre, papier, tissu, objets, tout me sert.

Mes pièces jouent avec sérieux au jeu des ressemblances. Le costume, le fard, l’attitude m’intriguent. Sous le masque, derrière les avatars se cache l’identité profonde. Je veux mesurer la part de jeu, la part d’angoisse du manège social. Dans la mimèsis, la doublure du je(u), où est l’intime dans la vitrine?

Le mimétisme sert au prédateur, à l’inquiet, au pudique, au séducteur. S’il traduit un instinct de survie, il est aussi synonyme de profusion, de passion, de jeu, d’ivresse, d’esthétique. C’est ce pourquoi je travaille. Quand l’exubérance passe inaperçue, que le rusé se fait piéger, quand l’animal imite la peau de bête et la feuille morte refuse de tomber, que le modèle ne se sépare pas de son portrait ni le panier de pommes de sa nature morte, quand la peinture se déroule et la sculpture s’étale.

Ce réel de résistances et d’absurdités cohérentes, je lui donne vie dans des pièces où les hommes, les animaux, les objets dialoguent, tous personnages : figurants ou acteurs. Des relations complexes et ambigües de compétition, d’amitiés, de dépendances existent entre eux.

De cette logique du dysfonctionnement, de l’à-peu-près, du fragile, mes pièces trouvent leur équilibre.

 

Marion Bénard, 2014

 

 

If some of my pieces demand a long period of patience and precision, others are readymade. Everything is appropriate, pencil, watercolor, wood, plaster, paper, fabric, objects , everything is useful to me.

In my work I play a sort of serious game centered on perceived similarities. Costume, make up and attitude intrigue me. Under the mask, behind the avatars, deep identities are hidden. I want to measure the attitudes of playfulness, and of anxiety, in our human social structure. In mimesis, understudy, where is the intimate in the window (dis)play?

Mimicry is used by the predator, the worried, the modest and the seducer. If it reflects a survival instinct, it is also synonymous with profusion, passion, game playing, euphoria, aesthetics. This is what influences my work. When exuberance goes unnoticed, the cunning is trapped, when the animal imitates animal skin and dead leaf refuses to fall, when the model refuses to be separate from his portrait and the apple basket from its still life, when the painting is rolled out and the sculpture spread.

This reality of resistances and consistent absurdity is what I focuses in pieces where people, animals and objects interact; all figures are either presented as actors or extras. My creations inhabit the space between the complex and the ambiguous relationships of competition, friendship, and dependencies.

In this dysfunction system, filled with vagueness and fragile logic, my pieces find their balance.

 

Marion Bénard, 2014